#EGalim : Dominique Amirault (FEEF) prend position

« Dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation (#EGalim), l’annonce de la mise en place d’une nouvelle méthode participative avec les acteurs du terrain et de la société civile pour restaurer la confiance a suscité beaucoup d’espoirs, en particulier chez les Entrepreneurs PME Indépendants, fournisseurs de la distribution. En effet, pour nous, Entrepreneurs, la méthode collaborative est la seule voie possible de succès pour aménager le cadre et les conditions d’exercice des activités commerciales afin d’impulser le développement créateur de valeur, l’investissement et l’emploi.

Passer aux actes par la méthode participative

Dans la mise en œuvre pratique, il est crucial que les vieilles habitudes ne reprennent pas le dessus. Or, aujourd’hui, il est légitime de se poser la question quand on voit que les présidences des Ateliers des #EGalim ont été confiées à des fonctionnaires, à des grands juristes, à des hommes politiques, ou encore à des représentants de grands groupes privés ou coopératifs. Alors que c’était l’occasion de crédibiliser la démarche en donnant l’animation de ces Ateliers à des acteurs nouveaux issus de l’ensemble de la société civile, c’est-à-dire à ceux qui font réellement l’activité, à ceux qui expérimentent et prennent des risques, à ceux qui innovent et ouvrent de nouveaux marchés… C’était en effet l’occasion de leur redonner confiance, en leur donnant la responsabilité de leur avenir et, donc, de l’avenir de la France.

Cela peut donner le sentiment que l’on croit encore que la solution consiste à tout orchestrer « d’en haut », notamment par la voie réglementaire. Or, les solutions ne passent pas par la réglementation, mais par l’évolution des comportements et la responsabilisation des acteurs qui ne se décrètent pas par les textes.

Développer la voie contractuelle pour des relations commerciales responsables

Ainsi, pour développer des relations commerciales responsables et collaboratives, les solutions passent par la voie contractuelle entre les acteurs concernés (producteurs, fournisseurs, transformateurs, distributeurs) et non par le formalisme.

Le rôle de l’Administration et des politiques n’est en effet pas de se substituer aux acteurs du terrain, mais d’aménager l’environnement et les conditions d’exercice de ces acteurs pour leur permettre de développer leur activité. Leur rôle est essentiellement de veiller à ce que les règles du jeu soient respectées. À titre d’exemple, les abus de regroupements ou d’alliances provoquent manifestement des dysfonctionnements du marché et déséquilibrent les relations commerciales. La LME (Loi de Modernisation de l’Économie) en s’apparentant à la loi du plus fort a eu des effets pervers en la matière, provoquant la guerre des prix.

Restaurer les marges qui sont la base de la croissance économique

Au nom de la défense du pouvoir d’achat, le « laisser faire » aveugle, voire l’encouragement politique à la guerre des prix, a été destructrice de valeur parce qu’elle a asséché les marges des différents maillons des filières agroalimentaires (en particulier les plus faibles, agriculteurs et fournisseurs PME), en réduisant leur capacité à investir dans l’avenir pour créer de la valeur et des emplois. La guerre qui consiste « à réduire » les produits à « leur plus simple expression », c’est-à-dire aux prix, est également tyrannique et trompeuse. Elle perturbe les consommateurs dans la mesure où elle réduit à néant les valeurs ajoutées, comme si les efforts, de ceux qui les produisent, n’avaient pas à être rémunérés. D’autant plus que résumer le pouvoir d’achat au seul « caddie alimentaire » est une erreur : en 50 ans, Tribune libre de Dominique Amirault, président de la FEEF le budget consacré à l’alimentation dans les dépenses de consommation des Français est passé de 27 à 13%, alors que parallèlement les dépenses contraintes (logement, assurance, impôt,…) sont passées de 15 à 30%.

Dans ce contexte, il est sans doute difficile pour les distributeurs d’arrêter par eux-mêmes cette guerre. C’est pourquoi, il faut mettre quelques « garde fous » comme le SRP majoré ou la limite des promotions intempestives afin de « limiter la casse ». Mais il n’est pas nécessaire d’aller beaucoup plus loin dans la réglementation en voulant produire une nouvelle loi !

Le rôle moteur des Entrepreneurs PME dans la création de valeur pour le commerce

Ce qui compte, c’est de « muscler » de l’intérieur nos entreprises et notamment les Entrepreneurs PME qui représentent plus de 95% des entreprises agroalimentaires. Véritable rôle moteur dans la création de valeur pour le commerce, les marques PME expliquent aujourd’hui entre 70% à 90% de la croissance de la grande distribution (panel Nielsen), soit une solution rentable à la croissance des enseignes et un levier de la différenciation commerciale. Par leur activité, les Entrepreneurs devraient pouvoir également générer des marges qui leur permettent d’autofinancer leurs investissements et leurs emplois. Ils n’ont pas besoin d’aides, ils ont juste besoin qu’on les libère (des tutelles et des contraintes qui les étreignent) pour qu’ils puissent se battre « à armes égales » avec leurs concurrents. On ne les remusclera pas par de nouvelles réglementations ! La sur-réglementation empêche de faire et tue l’initiative nécessaire pour créer de la valeur. La France a seulement besoin de se défaire de ses vieilles habitudes administratives, jacobines et centralisatrices…

Pour cela, il faut en effet s’appuyer sur la diversité des acteurs, Entrepreneurs PME ou grands groupes, pour nourrir le développement. Il ne s’agit pas de les opposer, mais de jouer de leurs complémentarités pour que chacun puisse jouer sa partition. Car, manifestement, ces différents acteurs ne boxent pas dans la même catégorie. C’est pourquoi, la solution n’est pas unique. La référence des plus petits n’est pas le « big is beautiful ». D’où, l’importance de différencier les approches, notamment par la « différenciation PME ». On ne peut pas traiter tous les acteurs de la même manière comme s’ils étaient « tous pareils », comme on l’a trop souvent considéré à l’époque du « mass market ». Aujourd’hui, on est entré dans une économie de précision, de la personnalisation dans laquelle le « sur mesure » est la règle.

Une réglementation simplifiée mais réellement appliquée avec des contrôles réguliers et efficaces

Enfin, à quoi sert la sur-réglementation qui donne bonne conscience si l’on ne contrôle pas suffisamment son respect et qu’au final on laisse faire ? C’est pourquoi, si la solution est d’avoir moins de réglementation, parallèlement pour la réglementation existante, il faut que les contrôles soient faits de façon régulière et efficace. Ainsi, par exemple pour les relations commerciales, il est nécessaire que l’on fasse moins de formalisme, mais que la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) puisse jouer son rôle d’arbitre en temps réel quand les règles du jeu ne sont pas respectées. Sinon à quoi cela sert d’avoir des réponses 3 ou 4 ans après quand les jeux sont faits ?

#EGalim…

Au moment du lancement des #EGalim, il est donc temps que les politiques et l’Administration se mettent à l’heure de l’économie réelle… »

[box style=”0″]Cette prise de position intervient suite au coup d’envoi de l’atelier 7 des Etats Généraux de l’Alimentation. Voir à ce sujet la tribune publiée mardi sur Le Cercle Les Echos.[/box]

#EGalim États Généraux de l’Alimentation Dominique Amirault FEEF

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